La République démocratique du Congo figure parmi les pays ciblés par une vaste opération d’influence ayant eu recours à l’intelligence artificielle pour produire et diffuser des contenus politiques. Dans son rapport intitulé « Detecting and countering misuse of AI », publié le 10 septembre 2026, l’entreprise américaine Anthropic affirme avoir identifié une opération reposant notamment sur son modèle d’intelligence artificielle Claude.
Le rapport couvre des activités observées et perturbées entre décembre 2025 et août 2026. Selon Anthropic, les acteurs impliqués avaient mis en place un réseau d’environ 70 faux sites d’information, associés à des comptes sur les réseaux sociaux, afin de produire et amplifier des contenus présentés comme provenant de médias indépendants.
La RDC occupe une place importante dans cette opération. Anthropic indique avoir identifié 318 articles consacrés à la République démocratique du Congo sur l’ensemble des faux sites. Ces publications portaient principalement sur les accords miniers régionaux ainsi que sur les tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda. L’entreprise précise que ces contenus soutenaient généralement la position du gouvernement congolais.
Claude utilisé pour réécrire et orienter des contenus

L’utilisation de l’IA ne se limitait pas à la génération d’articles entièrement nouveaux. D’après Anthropic, Claude servait également à réécrire des articles publiés par de véritables médias afin de leur donner une orientation politique différente.
L’opération reposait notamment sur trois techniques : réécrire une même information selon des orientations idéologiques différentes, ajouter un angle politique à des sujets initialement neutres et transférer des informations d’un pays à un autre en les privant de leur contexte d’origine.
Pour renforcer l’apparence de crédibilité des publications, les contenus étaient signés par de faux journalistes. Anthropic affirme avoir établi que ces auteurs n’existaient pas réellement.
Les différents sites étaient également reliés à une infrastructure technique commune. L’opération disposait par ailleurs de plus de 250 comptes de commentaires inauthentiques sur X, utilisés pour amplifier les contenus publiés. Certains profils utilisaient des photographies générées par intelligence artificielle.
Une opération commerciale d’influence
Selon Anthropic, l’opération ne défendait pas nécessairement une seule ligne politique. L’entreprise estime qu’elle correspond davantage à un modèle d’« influence-as-a-service », dans lequel des acteurs privés peuvent être rémunérés pour manipuler l’information, promouvoir certains agendas politiques ou mener des campagnes ciblées.
Anthropic relie cette opération à une entreprise française spécialisée dans la publicité numérique, baptisée LKM Company. L’enquête indique toutefois que l’entreprise n’a pas pu déterminer de manière indépendante quels clients auraient commandé les contenus concernant la RDC.
À l’échelle mondiale, le réseau aurait publié au moins 8 913 articles dans une vingtaine de langues. Anthropic précise cependant que la majorité des contenus identifiés ont généré peu ou pas d’engagement authentique. L’entreprise classe ainsi cette opération au niveau 2 de son « Breakout Scale », ce qui signifie que les contenus ont été diffusés sur les propres sites et comptes du réseau, sans preuve d’une véritable percée dans des communautés authentiques.
Aucune preuve d’implication du gouvernement congolais
Un point du rapport mérite une attention particulière : Anthropic n’accuse pas le gouvernement de la RDC d’être à l’origine de cette opération.
L’entreprise indique au contraire n’avoir trouvé « aucune preuve de direction par un gouvernement ». Elle relève simplement que certains signaux suggèrent que l’activité pourrait avoir reflété les intérêts d’un ou plusieurs clients ayant un intérêt dans le conflit entre la RDC et le Rwanda, sans être en mesure de confirmer l’identité de ces éventuels commanditaires.
Cette nuance est essentielle pour éviter toute conclusion hâtive. Le fait que les 318 articles consacrés à la RDC aient généralement soutenu la position du gouvernement congolais ne permet pas, à lui seul, d’établir une implication de Kinshasa dans leur production ou leur financement.
Blaise ABITA | NUMERICO.CD
