Le rouleau compresseur de la traque des délinquants numériques avance inexorablement et rien ne semble pouvoir arrêter la machine. Un nouvel acteur prend part, lui aussi, à la mobilisation tous azimuts : le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, appelle les Officiers de Police judiciaire (OPJ) à intensifier la recherche et la répression des infractions commises dans l’espace numérique. Une instruction qui place désormais la cybercriminalité au rang des priorités de la Police judiciaire en dans le pays.
La cour affirme que la police judiciaire doit désormais renforcer sa vigilance face aux infractions commises au moyen d’Internet, des réseaux sociaux et des technologies numériques. C’est le sens d’une instruction adressée aux Officiers de Police judiciaire à compétence générale à travers le pays, relative à l’application de l’Ordonnance-loi n° 23/010 du 13 mars 2023 portant Code du numérique, publiée ce vendredi 14 août 2026 sur le compte X de l’agence congolaise de presse (ACP).
Dans ce document, le Procureur général près la Cour de cassation relève que les infractions numériques « ne semblent pas encore faire l’objet d’une recherche et d’une répression à la hauteur de leur fréquence, de leur gravité et de leurs conséquences ».
Firmin Mvonde Mambu déplore notamment que certaines plaintes et dénonciations concernant des faits susceptibles d’être sanctionnés par le Code du numérique puissent rester insuffisamment exploitées ou ne donnent pas lieu aux investigations appropriées.
Les OPJ appelés à agir même sans plainte
L’instruction rappelle que la mission des Officiers de Police judiciaire ne se limite pas à traiter les plaintes déjà déposées par les victimes. Ils sont également appelés à constater et rechercher d’office les faits susceptibles de constituer des infractions.
Le Procureur général insiste ainsi sur les faits commis au moyen « d’un système informatique, d’un réseau de communication électronique ou de toute autre technologie numérique », ainsi que sur les atteintes aux systèmes, réseaux et données informatiques.
Les contenus audio et vidéo diffusés sur les plateformes numériques peuvent donc également attirer l’attention des autorités lorsqu’ils sont susceptibles de constituer des infractions prévues par la législation en vigueur.
« Sortir de toute torpeur »
Face à cette situation, le Procureur général adopte un ton particulièrement ferme. Il demande aux OPJ de « sortir de toute torpeur », de rompre avec « le laxisme et l’attentisme » et de faire preuve de « diligence, d’initiative, de compétence technique, de rigueur professionnelle et de détermination ».
Pour le parquet, les difficultés techniques liées aux enquêtes numériques ne peuvent justifier l’inaction des services chargés de l’application de la mesure légalement prise.
« La difficulté technique inhérente à certaines investigations numériques ne saurait justifier l’inaction de la Police Judiciaire », souligne l’instruction.
La cybercriminalité érigée en priorité
Le document appelle ainsi à une adaptation des méthodes d’enquête à l’évolution des formes de criminalité. Le Code du numérique, adopté en 2023, contient notamment des dispositions consacrées à la sécurité et à la protection pénale des systèmes informatiques, aux peines applicables ainsi qu’aux règles de procédure et de compétence.
Pour le Procureur général, l’existence de ce cadre légal doit désormais se traduire par des actions concrètes sur le terrain.
« La lutte contre la cybercriminalité doit devenir une priorité permanente de la police judiciaire », affirme-t-il.
Blaise ABITA | NUMERICO.CD
