Comment une vision digitale redéfinit l’information et la culture congolaise
À l’heure où le numérique bouleverse profondément les modèles médiatiques à travers le monde, certains acteurs africains s’imposent comme des pionniers d’une nouvelle manière d’informer. En République Démocratique du Congo, Jérémie Kabamba Entrepreneur congolais, consultant en communication Digitale et Directeur Général général du média en ligne Strong2kin Moov incarne cette génération de bâtisseurs qui ont fait du digital un levier stratégique pour raconter autrement les réalités locales.
Dès les premières étapes de son projet médiatique, la vision était assumée. « Créer un média capable de raconter notre réalité avec nos propres codes, sans dépendre des schémas traditionnels souvent lourds et peu accessibles », explique-t-il. Le choix du numérique s’est alors imposé naturellement, tant pour sa rapidité que pour sa capacité à abolir les frontières géographiques et à rapprocher le média de son public.

Pour Jérémie Kabamba, le digital n’est pas qu’un canal de diffusion, c’est un changement de paradigme. Il observe que la production de l’information en RDC est passée « d’un modèle vertical à une approche interactive et multiplateforme ». Désormais, le public ne se contente plus de consommer l’actualité : il réagit, partage, commente et participe parfois à sa co-construction. Les réseaux sociaux, le mobile et les formats courts ont profondément modifié le rapport au temps et à la narration. « Aujourd’hui, informer, c’est aussi adapter le fond au support sans trahir la substance », insiste-t-il, soulignant l’importance d’une écriture agile mais rigoureuse.
Dans un écosystème médiatique numérique crédible et durable, plusieurs outils sont devenus incontournables. Jérémie Kabamba cite notamment les plateformes digitales structurées, les réseaux sociaux et les formats vidéo, capables de toucher des audiences multiples. À cela s’ajoute la data, devenue essentielle pour comprendre les usages et orienter les choix éditoriaux.
L’intelligence artificielle, quant à elle, est perçue comme un allié stratégique. « Non pas pour remplacer le journaliste, mais pour optimiser la production, l’archivage, la veille et la diffusion », précise-t-il. Toutefois, il rappelle que la crédibilité repose avant tout sur l’humain : la vérification des sources, la clarté des processus éditoriaux et la cohérence de la ligne restent non négociables. « La technologie n’est qu’un accélérateur ; la vision reste centrale. »

Au-delà de l’information, le numérique représente une opportunité historique pour la culture congolaise. Selon Jérémie Kabamba, il permet à la fois de documenter, préserver et moderniser les expressions culturelles locales, tout en les projetant à l’international. Vidéos, podcasts et storytelling visuel offrent de nouveaux formats pour toucher les jeunes générations et la diaspora.
Il voit également le digital comme un outil de rééquilibrage des récits. En donnant la parole aux créateurs locaux, le numérique permet de reprendre le contrôle de l’image du pays, de valoriser les talents sans intermédiaires excessifs et de construire une mémoire culturelle vivante, adaptée aux codes contemporains.
Les défis restent cependant nombreux. Accès inégal à Internet, faibles revenus publicitaires et montée de la désinformation fragilisent les médias numériques congolais. Pour y faire face, Jérémie Kabamba plaide pour une diversification des sources de revenus : partenariats, contenus de marque encadrés, événements ou encore services digitaux.
Mais cette quête de viabilité économique ne doit jamais se faire au détriment de l’éthique. « La crédibilité reste le capital principal », rappelle-t-il, appelant à des règles internes claires et à une lutte active contre la désinformation. À long terme, c’est la confiance du public qui garantit la survie du média.
À l’attention des jeunes journalistes et créateurs digitaux, Jérémie Kabamba livre un conseil essentiel : « Maîtrisez les outils, mais construisez une vision. » Pour lui, si le numérique évolue rapidement, l’identité éditoriale doit rester solide, ancrée localement tout en pensant global dès le départ.
Jonas TSHIPADI | NUMERICO.CD
