La montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA) agit comme un transformateur du marché du travail – mais elle met aussi en lumière une lacune profonde dans les compétences scientifiques, technologiques, d’ingénierie et mathématiques (STEM) en République démocratique du Congo.
Pourtant, seulement une très faible proportion de la population adulte détient un diplôme universitaire ou une formation avancée : moins de 10 % des personnes de 25 ans et plus ont atteint l’enseignement supérieur, ce qui reflète un système éducatif qui peine à produire des compétences techniques spécialisées.
La RDC est caractérisée par une population jeune : le médian d’âge est d’environ 17 ans, ce qui signifie que presque la moitié de la population est encore très jeune et pointe vers un besoin urgent de formation adaptée aux métiers du futur.
Les systèmes scolaires et professionnels en place produisent essentiellement des diplômés pour des marchés du travail traditionnels, souvent avec des formations théoriques mais insuffisantes en approches pratiques, numériques ou technologiques. Cette dynamique est confirmée par des analyses montrant que les systèmes éducatifs africains, y compris en RDC, sont confrontés à des curricula désuets, à un accès limité à la formation technique et à une faible articulation avec les besoins réels des entreprises.
Le taux de chômage des jeunes en RDC est très élevé – certaines recherches estiment qu’approximativement 50 % des jeunes diplômés sont sans emploi stable, notamment en raison du manque de liens entre l’éducation, les compétences demandées et les opportunités concrètes.
Cette situation traduit une inadéquation entre les formations disponibles et les besoins du marché, un problème documenté dans de nombreuses études africaines sur l’emploi des jeunes, où de nombreux diplômés ne parviennent pas à trouver un emploi correspondant à leur niveau d’études ou aux technologies modernes.
À l’échelle mondiale, les entreprises technologiques recherchent de plus en plus des profils qualifiés dans les domaines du numérique, de l’IA, du cloud, de la cybersécurité et de l’ingénierie logicielle. Pourtant, même dans des pays technologiquement avancés, des géants comme Microsoft, Google ou Amazon signalent régulièrement des pénuries de talents qualifiés en IT et en cybersécurité, car la formation n’a pas suivi le rythme de l’innovation.
Plus de diplômés pour le marché du travail d’hier

Face à ce défi, la RDC a une occasion unique de transformer cette lacune en avantage concurrentiel :
- En lançant des programmes éducatifs centrés sur l’IA, la science des données, la cybersécurité et les technologies numériques ;
- En forgeant des partenariats entre universités, écoles techniques et entreprises privées pour aligner les programmes avec les besoins du marché ;
- En encourageant la création de hubs technologiques, incubateurs et formations professionnelles avancées (comme le montrent déjà certaines initiatives locales).
Plutôt que de continuer à produire des diplômés pour le marché du travail d’hier, une offensive éducative en STEM et technologies digitales pourrait faire de la jeunesse congolaise un pilier d’une économie diversifiée et compétitive dans l’ère de l’IA et des technologies du futur.
Eliel MULUMBA
Expert en Cybersecurité industrielle et numérique
