Lors de la deuxième journée de la 4ᵉ édition de l’African Digital Innovation Summit (ADIS 2025), organisée mercredi 26 novembre 2025 au Centre culturel et artistique pour l’Afrique centrale à Kinshasa, l’expert congolais en cybersécurité Guy-Germain Mbaki a livré un keynote autour du thème : « Vers une nécessaire intégration continentale pour sécuriser le cyberespace africain face aux menaces globales ». Une intervention qui s’inscrit dans la vision générale du sommet, consacré cette année à « Accélérer la transformation digitale souveraine de l’Afrique ».
Devant les décideurs publics, d’acteurs du numérique et de spécialistes en sécurité informatique, Mbaki a dressé un constat sans ambiguïté : l’Afrique évolue désormais dans un environnement numérique plus exposé que jamais. « Nous passons un tiers de notre temps quotidien dans le cyberespace. Cela en fait aujourd’hui le premier lieu de commission d’infractions », a-t-il rappelé, insistant sur la rapide transformation du numérique en champ de confrontation stratégique.

Il a souligné que les cybermenaces modernes systémiques, transnationales et infocentrées ont largement dépassé les capacités de défense d’un État africain pris isolément, Il a mis en évidence quatre failles majeures :
- Stratégies nationales fragmentées, menées en silo et sans coordination régionale.
- Vulnérabilité accrue des infrastructures critiques énergie, finances, télécoms affaiblies par une numérisation rapide mais peu sécurisée.
- Complexité croissante des attaques, boostées par les nouvelles technologies et des interconnexions mondiales en expansion.
- Égalisation des rapports de force : dans le cyberespace, « un individu ou un petit groupe peut désormais agir comme un acteur géopolitique majeur, perturbant des États ou des multinationales ».
Ces éléments, a-t-il expliqué, rendent obsolète toute approche exclusivement nationale.
Pour Guy-Germain Mbaki, le cyberespace n’est plus un simple terrain d’échanges : il est devenu un « champ de confrontation stratégique majeur », marqué par des opérations d’influence, du sabotage, de l’espionnage et des manipulations informationnelles.
Les États africains, tout comme leurs forces armées, doivent désormais considérer ce domaine comme un cinquième espace stratégique, au même titre que la terre, l’air, la mer et l’espace.
Face à ce contexte, Guy-Germain Mbaki a présenté une vision stratégique ambitieuse : seule une intégration continentale structurée permettra au continent de répondre efficacement aux menaces globales. « Une attaque détectée au Cameroun peut être évitée en RDC si l’information circule. »

Cette intégration repose sur plusieurs piliers :
- Coopération renforcée en cyberdéfense via des CERT continentaux et des exercices conjoints.
- Partage de renseignements cyber pour détecter plus vite les attaques et coordonner les réponses.
- Harmonisation juridique, notamment en s’appuyant sur la Convention de Malabo et des cadres légaux communs.
- Montée en compétences à travers des formations spécialisées et des filières académiques panafricaines.
- Déploiement de centres de données en Afrique, pour réduire la dépendance extérieure et protéger les données sensibles.
« Les cybermenaces étant systémiques et transfrontalières » l’intégration continentale n’est plus une option : elle est indispensable. « Aujourd’hui, nous devons lutter ensemble pour apporter une réponse concertée à une menace cyber qui est naturellement transfrontalière, qui ne connaît pas de frontières. »
Il a par ailleurs lancé un appel à la mobilisation collective : renforcer la souveraineté numérique du continent passe par la mutualisation des ressources, l’alignement des stratégies et la construction d’un véritable écosystème africain de cybersécurité.
Jonas TSHIPADI | NUMERICO.CD.
