L’année 2025 a été une année particulièrement marquante sur les plans technologique, économique et politique. La reprise économique mondiale – sur laquelle beaucoup avaient fondé leurs espoirs – ne s’est jusqu’à présent pas matérialisée. Les prévisions économiques des entreprises comme des États ont été revues à la baisse afin de s’adapter à des conditions de marché difficiles. Le contexte reste fortement marqué par une inflation mondiale persistante, des crises géopolitiques et une hausse continue des prix, affectant en particulier les consommateurs.
Dans ce paysage complexe, l’intelligence artificielle (IA) s’est imposée comme un thème central des débats technologiques, économiques et politiques. Ce constat vaut également pour la République Démocratique du Congo, où des avancées notables ont été réalisées ces dernières années : l’essor du mobile money et des services financiers numériques, la digitalisation progressive de certains services publics, l’émergence de hubs technologiques locaux et de startups innovantes, ainsi que l’adoption croissante des technologies numériques par les PME et les jeunes entrepreneurs. Ce qui ressort clairement pour le monde numerique à la fin de l’année 2025 est le passage progressif des chatbots basés sur l’IA vers des agents d’intelligence artificielle. Un agent IA est un système logiciel capable d’agir de manière autonome pour atteindre un objectif donné.
Contrairement aux chatbots traditionnels, qui se contentent de répondre à des requêtes, les agents IA peuvent percevoir leur environnement, prendre des décisions, planifier des actions, interagir avec d’autres systèmes et apprendre de leurs résultats. Leurs principales caractéristiques sont l’autonomie, l’adaptabilité, la capacité de raisonnement et l’exécution de tâches complexes sur plusieurs étapes. Ce qui les rend particulièrement intéressants, c’est leur potentiel à automatiser des processus entiers, à assister les collaborateurs de manière proactive et à créer un réel avantage compétitif pour les organisations. Les entreprises sortent progressivement de la phase d’expérimentation pour entrer dans celle de véritables pilotes, afin de déployer l’IA là où elle génère le plus de valeur: dans les produits, dans les processus et dans l’amélioration de l’expérience client.
Good vs Bad IA
Cependant, les premiers indicateurs montrent également que l’IA ne sera pas utilisée uniquement à des fins positives. Elle est aussi exploitée pour planifier et exécuter des cyberattaques. On parle ici de « bonne IA » (good AI) et de « mauvaise IA » (bad AI).
Nous avons déjà observé que l’IA est activement utilisée par les cybercriminels pour automatiser la création de malwares (logiciels malveillants conçus pour endommager, espionner ou perturber des systèmes), de deepfakes (contenus audio ou vidéo falsifiés de manière réaliste à l’aide de l’IA) ainsi que des campagnes de phishing hautement personnalisées, visant à tromper les utilisateurs afin de voler des données sensibles.
Malheureusement, un narratif persistant s’installe selon lequel l’IA détruirait des emplois. Ce discours est largement alimenté par de grandes organisations technologiques mondiales dont la communication est parfois maladroite. Il en résulte l’impression que tout sera bientôt confié à l’IA et aux robots, rendant l’humain de plus en plus irrélevant.
Pourtant, les premières données disponibles montrent une réalité différente: l’IA transforme les métiers plus qu’elle ne les supprime et crée de nouveaux besoins en compétences, en innovation et en esprit entrepreneurial.
Que signifie tout cela pour la République Démocratique du Congo, pour les entreprises, pour les jeunes entrepreneurs ambitieux et pour les étudiants en 2026 ?
Beaucoup ont le sentiment que l’université transmet principalement de la théorie, mais que l’on ne construit pas suffisamment de solutions concrètes capables de passer à l’échelle – même lorsque des opportunités existent au sein des entreprises. Les technologies sont majoritairement développées en Amérique, en Asie et en Europe, tandis que d’autres régions se limitent à réagir à ces innovations. La digitalisation commence certes à prendre forme dans de nombreux domaines, mais la cybersécurité, pourtant essentielle dans un monde de plus en plus connecté, n’est pas encore considérée comme une priorité stratégique.
Éliel MULUMBA,
Expert en Cybersecurité industrielle et numérique
